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Université de Liège (Belgique) - Collections artistiques - Florilège

Jan WIERIX (Anvers, vers 1549 - Bruxelles, vers 1618)

La famille Wierix
Jan Wierix
- Hieronymus Wierix -
Antonie II Wierix


Jean Wierix naît à Anvers vers 1549. Il est l’aîné d’une famille de trois enfants et travaille en collaboration avec ses deux frères, Jérôme et Antoine II Wierix. Comme son frère Jérôme, Jean acquiert très tôt une grande habilité à manier le burin. Il copie dès l’âge de onze ans des gravures de maîtres anciens, principalement Dürer. A partir de 1569 jusque dans les années 1580, Jean Wierix travaille pour Christophe Plantin. Il réalise des estampes traitant de sujets variés : sujets religieux et bibliques, allégories et emblèmes, sujets mythologiques, portraits, sujets historiques, proverbes, paysages, animaux et sujets licencieux. Entre 1578 et 1579, Jean Wierix séjourne à Delft pour des raisons qui nous échappent. C’est durant cette période qu’il réalise la copie du Jugement dernier de Michel-Ange. Jean Wierix meurt, probablement à Bruxelles, vers 1618.

Dans bien des cas, il est difficile d’attribuer un nom à une gravure car les Wierix travaillent dans le même atelier, selon la même technique. L’absence de signature n’a rien d’anormal. Elle s’explique parfois par des raisons politiques ou religieuses ou même, dans le cas des frères Wierix, par des raisons personnelles car ils mènent une vie très dissolue.


Le jugement dernier, d’après Michelangelo Buonarroti, par Jan Wierix



31,5 x 22,9 cm
1578-1579
Legs Wittert (1903)
Inventaire n° 10272

Cette gravure reproduit le Jugement dernier de Michel-Ange. C’est Jean Wierix qui en est l’auteur. Sa signature apparaît sur une pierre, en bas, à gauche de la composition.

L’œuvre de Michel-Ange, réalisée entre 1536 et 1541, dans la Chapelle Sixtine, mesure 13,7 x 12,2 m. La gravure a, quant à elle, les dimensions suivantes : 31,5 x 22,9 cm. C’est donc un véritable tour de force qu’a opéré le graveur pour reproduire de manière fidèle cette fresque.

Le thème du Jugement dernier est fréquent à l’époque. En effet, l’Europe du début du XVème siècle a subi plusieurs tourments : la Réforme de Martin Luther en 1517, le sac de Rome en 1527 et toutes les conséquences que ces faits ont entraînées. Le pape Clément VII a donc commandé cette fresque à Michel-Ange pour orner le mur de l’autel de la Chapelle Sixtine, au Vatican. Elle avait pour but de frapper les esprits des fidèles. Il n’est pas non plus étonnant de retrouver ce thème dans les Pays-Bas méridionaux où l’église catholique s’acharne à repousser le protestantisme.

La composition s’étale sur différents niveaux. Dans les lunettes supérieures, des anges tiennent les instruments de la Passion : la colonne de la flagellation et la lance à droite ; la croix, la couronne d’épines et les dés à gauche. Au centre, sous la jonction des lunettes, se trouve le Christ en majesté. A ses côtés, la Vierge détourne le visage en signe de pitié. Des saints, tenant les instruments de leur martyre ainsi que d’autres personnages bibliques entourent ce groupe central. On peut reconnaître saint Barthélemy tenant sa peau écorchée, saint Laurent et son gril, saint Pierre tenant les clés du paradis, Adam et Eve, Esaü et Jacob. A gauche, sont représentés des apôtres et saint Jean-Baptiste avec sa peau de bête. Au niveau inférieur se trouvent les hommes subissant le jugement des anges. A gauche, les élus sont escortés vers le paradis tandis qu’à droite, les damnés sont poussés vers l’enfer. Enfin, tout en bas de la fresque sont repris deux personnages mythologiques : Charon faisant passer les âmes dans sa barque et Midas avec ses oreilles d’âne. L’ensemble compose une scène saisissante, à la fois ordonnée et bouillonnante.

Il existe huit états différents de cette gravure. La pierre, dans le bas, à gauche de la composition, porte des inscriptions. Ce sont essentiellement celles-ci qui diffèrent d’un état à l’autre. Les noms de différents éditeurs figurent tour à tour sur cette pierre.

Le premier état ne comporte pas d’inscription. Sur le second, apparaît le nom d’Aper Van der Hoeven, qui fut élève de Frans Floris à Anvers. Il a connu les Wierix et est resté en contact avec Jean lorsqu’il séjourna à Delft. Van der Hoeven apparaît sur cette estampe comme éditeur, ce qui n’est ni normal, ni conforme aux règlements car il était brasseur et peintre et non, éditeur. Sur le troisième état, l’inscription est effacée, mais des traces subsistent (surtout le o et le v, dans l’angle supérieur droit de la pierre). Un autre nom d’éditeur apparaît sur le quatrième état : il s’agit de celui d’Hans Van Weely. Ce dernier n’est pas non plus éditeur professionnel mais joaillier. C’est aussi sur ce quatrième état qu’apparaît la mention H. Wirix scul. Or, le prénom Jérôme se disait, à l’époque Hieronymus. C’est pourquoi, on peut émettre l’hypothèse selon laquelle Jérôme aurait apporté sa touche à cette gravure, mais rien n’est mentionné à ce sujet. Toute inscription est à nouveau effacée sur le cinquième état. Par contre, sur le sixième, on peut lire, en sept lignes : Iohan Wirings Coelavit. Hans de Beeck excudit Colonioe.  Sur le septième état, les quatre dernières lignes sont presque entièrement effacées, mais la dernière lettre de chaque ligne subsiste. Ces lettres n’apparaissent plus dans le huitième état. L’inscription qui reste est donc celle-ci : Iohan Wirings Coelavit. Ce sont deux estampes de ce dernier état qui sont conservées aux Collections artistiques de l’Université de Liège.

L’orthographe du nom de famille de Jean Wierix ne doit pas surprendre. En effet, au début de leur carrière, les trois frères adoptent cette signature. Il faut encore signaler que les Collections artistiques de l’Université de Liège possèdent essentiellement des gravures, non pas de Jean mais de son frère, Jérôme Wierix.

Le renom de la gravure anversoise au XVIème siècle repose, entre autres, sur le talent des frères Wierix, graveurs-éditeurs. Ils copient de nombreux travaux de maîtres anciens et contemporains et réalisent également des œuvres personnelles. Ils sont avant tout de ces « artisans » accomplis de la gravure pure, pratiquant leur métier avec une très grande virtuosité

Magali Vangilbergen, 1ère licence en histoire de l’art et archéologie, syllabus, cours d’histoire de la gravure, Université de Liège, année académique 2005-2006


Jérôme Wierix : bibliographie

Wierix, dans Ulrich THIEME et Felix BECKER, Allgemeines Lexikon der bildenden Kùnstler von der Antike bis zur Gegenwart, t. XXXV, Leipzig, 1942, p. 537-538.
Le Cabinet des Estampes. Trente années d'acquisitions. 1930-1960, catalogue d'exposition, Bruxelles, Bibliothèque Royale de Belgique, 1961, p. 49.
MAUQUOY-HENDRICKX, Marie, , Les estampes des Wierix conservées au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale Albert Ier. Catalogue raisonné I, Bruxelles, Bibliothèque Royale Albert Ier, 1978.
MAUQUOY-HENDRICKX, Marie, , Les estampes des Wierix conservées au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale Albert Ier. Catalogue raisonné II, Bruxelles, Bibliothèque Royale Albert Ier, 1979.
MAUQUOY-HENDRICKX, Marie, Les estampes des Wierix conservées au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale Albert Ier. Catalogue raisonné III.1, Bruxelles, Bibliothèque Royale Albert Ier, 1982.
MAUQUOY-HENDRICKX, Marie, Les estampes des Wierix conservées au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Royale Albert Ier. Catalogue raisonné III.2,Bruxelles, Bibliothèque Royale Albert Ier, 1983.
DUCHESNE, Jean-Patrick, Antoine II WIERIX, dans Livres d'images - Images du livre. L'illustration du livre de 1501 à 1831 dans les Collections de l'Université de Liège, Bruxelles, Crédit Communal - Groupe Dexia, 1998, p. 27.
BENEZIT, E., Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, nouvelle édition, Paris, 1976, vol. 10.
DELEN, A. J. J., Histoire de la gravure dans les anciens Pays-Bas et dans les provinces belges des origines jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Deuxième partie : le XVIème siècle. Les graveurs et illustrateurs, Paris, Editions d’art et d’histoire, 1934, p. 144-146, 150-157.
DELEN, A. J. J., Histoire de la gravure dans les anciens Pays-Bas et dans les provinces belges des origines jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Deuxième partie : le XVIème siècle. Les graveurs et illustrateurs, Paris, Editions d’art et d’histoire, 1935, p. 107-112, 146, 149, 150.
RIGGS, Timothy, SILVER, Larry, Graven Images. The Rise of professional Printmakers in Antwerp and Haarlem, 1540-1640, Evanston, Northwestern University, 1993, p. 27, 109.


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Page créée le 19 octobre 2007 - modifiée le 19 octobre 2007


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