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Université de Liège (Belgique) - Collections artistiques - Florilège

Etienne PERRET

Étienne Perret
XXV Fables des animaux


Le paysan et le satyre
Du paon et du rossignol
Du lion et de la souris
Du dogue et du mouton


Les XXV Fables des animaux (...) ont été publiées à Anvers, en 1578, par Christophe Plantin pour le compte d'Etienne Perret.

Les planches du livre de Perret s'inspirent des 108 planches gravées par Marc Gheeraerts I (Bruges, 1521 - Angleterre, vers 1603) pour De warachtige Fabulen der Dieren , publié en 1567. En 1568, Marcus Gheeraerts I fuit les Pays-Bas où sévit la répression du duc d'Albe contre les protestants; il s'installe en Angleterre et travaille pour la reine Elizabeth.

Dans le livre de Perret, les illustrations de Gheeraerts sont inversées et transformées pour passer du format original en largeur à un format en hauteur.

Delen attribue la gravure des illustrations du livre de Perret à Frans Huys, en sa basant sur des comparaisons stylistiques. Il est indéniable que le décor de fond d'une des gravures du livre de Perret (Jupiter et l'abeille), qui représente un combat naval, présente des analogies troublantes avec les planches exécutées par Frans Huys pour la suite desNavires de mer, d'après Bruegel. Reste cependant que Frans Huys est mort vers 1562, ce qui rend peu probable sa participation à la gravure des illustrations du livre de Perret, paru en 1578.

Selon Delen, la comptabilité de Plantin ne garde aucune trace du paiement des gravures, ce qui laisse supposer que le graveur fut payé directement par l'auteur, sans intervention de l'imprimeur. Delen avance également l'hypothèse selon laquelle Gheeraerts aurait vendu ses planches à Plantin lors de son départ, dix ans plus tôt, pour l'Angleterre.

On notera par ailleurs que Marcus Gheeraerts I, l'auteur des 108 gravures originales, est de retour en 1577 à Anvers où il est inscrit à la gilde. Il est peut-être possible de lui attribuer le travail d'exécution et de transformation des illustrations, pour le compte d'Etienne Perret.

On n'attribue à Etienne Perret aucune autre gravure, hormis celles des XXV Fables : peut-être en est-il l'auteur, en s'inspirant des planches éventuellement en la possession de Plantin, ou en a-t-il confié l'exécution à un artisan, vraisembablement issu des ateliers Plantin ?

Le titre complet du livre de Perret indique clairement la portée moralisatrice de son ouvrage : le livre est censé montrer que les "personnes ignorantes, vivant selon les sensualités charnelles, sont conformes et semblables aux animaux et bêtes brutes".

Les Collections artistiques conservent dix-neuf feuillets du livre d'Etienne Perret. Toutes les fables sont présentées de la même manière : l'illustration est à droite, en regard du texte à gauche. Les textes comportent quatre éléments, en alexandrins : un résumé de la morale de la fable en deux vers, en italique, sous le titre; la fable en quatre quatrains , une "allusion" en deux quatrains, et une référence à un passage de la Bible en un quatrain (l'Ecclésiaste, saint Luc, Deutéronome, ...).Sur les dix-huit illustrations conservées, douze sont collées sur une autre illustration du même livre, ce qui permet de reconstituer une autre disposition du livre, avec le texte à droite et l'illustration à gauche. La plupart des feuillets ont été découpés, parfois dans le texte ou dans l'image.

Les fables illustrées sont pour la plupart inspirées par Esope :

Le cheval et le sanglier
L'aigle et le limaçon
Le corbeau et le renard
Jupiter et le serpent,
Le cheval sans charge et l'âne chargé
Le rat domestique et l'huître
Le paysan et le satyre
Le serpent basilic et la belette
Le lion et le cheval
Lion, ours, cerf, chameau, sanglier
Le combat des bêtes à quatre pieds et des oiseaux
L'éléphant et le dragon
La vieille cigogne
Le caméléon
Jupiter et l'abeille
Le paon et le rossignol
Le lion et la souris
La mouche et les fourmis
Le dogue et le mouton
L'âne chargé de vivres
L'unique oiseau phénix.

La version des fables d'Esope publiées par Etienne Perret est antérieure de près d'un siècle aux Fables publiées par La Fontaine en 1668.



Le Paysan et le Satyre, par Etienne Perret



Burin
31,5 x 23,5 cm
Signé
Legs Wittert (1903)
Inventaire n° 27538

La fable est empruntée à Esope : "Un homme s'était, dit-on, lié d'amitié avec un satyre. L'hiver étant venu, comme il faisait froid, l'homme portait les mains à sa bouche et soufflait dessus. "Que fais-tu là ?", lui demanda le satyre. "Je me réchauffe les mains, dit-il, car il fait froid." Plus tard ils passèrent à table. Comme le plat qu'on lui avait servi était très chaud, l'homme y prélevait de petits morceaux et, les portant à sa bouche, il soufflait dessus. Interrogé une nouvelle fois par le satyre, il expliqua qu'il refroidissait ainsi sa nourriture. "Eh bien, lui dit le satyre, je renonce à ton amitié, car tu souffles de la même bouche et le chaud et le froid."

Nous aussi, gardons-nous de l'amitié de qui mène double jeu."


Les XXV Fables des Animaux, par Etienne Perret


Du paon et du Rossignol, par Etienne Perret



Burin
31,5 x 23,5 cm
Signé
Legs Wittert (1903)
Inventaire n° 27545

La fable s'inspire d'Esope, avec un changement : la grue devient chez Perret un rossignol : "Un paon se moquait d'une grue; il raillait sa couleur : "Moi, je suis vêtu d'or et de pourpre, toi, tu portes un plumage sans beauté. - Seulement moi, répondit la grue, je chante parmi les étoiles et mon vol me porte dans les hauteurs; toi, pareil à un coq, tu marches en bas avec la volaille." Plutôt la gloire en haillons que le déshonneur dans le faste."

Dans la version de Perret (comme chez La Fontaine), le paon est associé à Junon (Héra, l'épouse de Zeus) et les rôles sont inversés : le paon s'adresse à la déesse, en se plaignant de n'avoir un chant aussi mélodieux que le rossignol. La déesse lui rétorque de se contenter de ce qu'il a, son magnifique plumage. Le paon est traditionnellement un symbole solaire, qu'il figure par le déploiement de sa queue en forme de roue. La gravure du livre de Perret en constitue un magnifique exemple.


Les XXV Fables des Animaux, par Etienne Perret


Du Lion et de la Souris, par Etienne Perret



Burin
32 x 24 cm
Signé
Inventaire n° 27546

La fable est emruntée à Esope : "Un rat s'en vint trotter sur un lion endormi. Réveillé, le fauve saisit le rat; il s'apprêtait à le dévorer quand le rat le pria de le laisser aller : "Si tu m'épargnes, lui dit-il, je te revaudrai ce bienfait." Et le lion, tout en riant, lui rendit la liberté. A quelque temps de là, le lion dut bel et bien son salut à la reconnaissance du rat. Des chasseurs l'avaient capturé et lié à un arbre. Le rat l'entendit gémir : il accourut, rongea ses liens et le délivra. Et il dit au lion ; "Naguère tu t'es moqué de moi parce que tu ne t'attendais pas que je te montre ma gratitude; apprends donc à présent que chez les rats aussi on trouve de la reconnaissance."

Quand la chance a tourné, on voit les plus puissants avoir besoin des faibles."

L'histoire du lion qui doit finalement la vie sauve à une petite souris est restée un classique, même si La Fontaine ne l'a pas reprise au nombre de ses fables. Il existe aujourd'hui encore des livres pour les petits enfants qui s'inspirent de la fable d'Esope : dans une version publiée dans la série des Albums du Père Castor, chez Flammarion, la souris devient toute une famille de petites souris, les Rataton, victimes des moqueries de tous les animaux de la savane....A la fin de l'histoire, la famille Rataton nargue le singe et la girafe, en se pavanant fièrement sur la crinière du roi des animaux...

 


Les XXV Fables des Animaux, par Etienne Perret


Du dogue et du mouton, par Etienne Perret



Burin
32 x 23 cm
Signé
Legs Wittert (1903)
Inventaire n° 27548

La fable raconte l'histoire d'un dogue, "méchant, cruel et affamé", qui s'en prend à un mouton en lui réclamant du pain qu'il lui aurait prêté. Le mouton se défend d'avoir jamais reçu quoi que ce soit du chien. Le chien traîne alors le mouton "en droit" et le fait comparaître, avec trois témoins qu'il s'est trouvé, à savoir un vautour, un milan et un loup. Les témoins affirment que le mouton a bel et bien reçu du pain, et le chien exige soit le pain soit la chair du mouton. La moralité est que les procès fondé sur les seuls témoignages sont toujours douteux.


Les XXV Fables des Animaux, par Etienne Perret

Université de Liège - Service des Collections artistiques - E-mail : wittert@ulg.ac.be

Page créée le 27 janvier 2000 - modifiée le 28 octobre 2006


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