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Université de Liège (Belgique) - Collections artistiques - Florilège

Jean-Michel MOREAU (Paris, 1741 - 1814)

Jean-Michel Moreau
Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes
-
La Pucelle d'Orléans


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau

Voilà les tributs que paye le Roi de Portugal
Les Anglois demandent pardon à Aurengzeb qu'ils ont offensé
Les Espagnols se rendent maîtres de Montezuma dans Mexico même
François Pizarre assassiné par une troupe de Conjurés
Esclaves conduits par des Marchands
Un Anglais de la Barbade vend sa maîtresse
Ouragan aux Antilles
Bienfaisance d'une Famille Sauvage du Canada envers des Français
Penn achète des Sauvages le Pays qu'il veut occuper


Les Collections artistiques de l'ULg possèdent des épreuves de douze vignettes de Moreau, tirées de l'édition de 1780, chez Jean-Léonard Pellet à Genève, du livre le plus célèbre de l'abbé Raynal (1713-1796) : l'Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes. Ce livre, qui a pour ambition de dresser un tableau de l'histoire de la colonisation des Européens en Asie et en Amérique, est en fait une compilation : Raynal emprunte des passages entiers à d'autres auteurs (Diderot aurait écrit un tiers de l'ouvrage ...!).

Le livre de Raynal eut un immense succès : plus de vingt éditions en France, cinquante à l'étranger. L'édition de Genève de 1780 est double : à la même date, paraissent simultanément deux éditions, l'une en cinq volumes in-4°, l'autre en 10 volumes in-8°. Après la parution de l'édition chez Pellet, à Genève en 1780, que Raynal signe et où figure son portrait, le livre fut déféré au Parlement sur ordre de Louis XVI, qui n'appréciait guère les attaques véhémentes contre la religion. Le livre fut brûlé en 1781 et Raynal s'exila en Prusse.

L'Histoire philosophique , dans l'édition de Genève, comprend quatre tomes et 18 livres.
Le tome I (livres 1-5) est consacré aux Indes orientales.
Le tome II (livres 6-9) à la conquête du Mexique, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud par les Espagnols et les Portugais.
Le tome III (livres10-14) à la colonisation des Antilles et au trafic des esclaves.
Le tome IV (livres 15-18) à l'établissement des Européens en Amérique du Nord.

Dans l'exemplaire conservé à la bibliothèque de l'Université de Liège (cote XIII.137.4), chaque tome est illustré par une vignette, insérée en regard de la première page du premier livre qui figure dans le tome :
tome I, livre premier "Voila la monnoie des Tributs que paye le roi de Portugal"
tome II, livre sixième "Un Anglais de la Barbade vend sa maitresse"
tome III, livre dixième "Bienfaisance d'une Famille sauvage du Canada envers des Français"
tome IV, livre quinzième "Les Espagnols se rendent maîtres de Montezuma dans Mexico même"

Les douze vignettes conservées aux Collections artistiques de l'Université de Liège ne sont pas les épreuves destinées à l'édition : la signature de Moreau est présente (en bas à gauche), mais la signature du graveur (en bas à droite dans l'édition originale) est absente. La date, en bas au milieu, n'est pas toujours visible. Certaines vignettes sont en double, et présentent des différences notoires.

Les neuf vignettes dessinées par Jean-Michel Moreau pour le livre de Raynal constituent un ensemble disparate mais somme toute cohérent, qui donne de l'histoire de la colonisation européenne une image conforme à celle que l'on pouvait se faire à la fin du XVIIIe siècle.

Les diverses thématiques abordées par les sujets des vignettes dressent, de manière synthétique, un tableau "équilibré" des rôles de chacun dans la pièce coloniale. Sur neuf vignettes, trois se rapportent à des événements liés aux Espagnols et aux Portugais (la capture de Moctezuma, l'assassinat de Pizarre, l'établissement des comptoirs portugais), trois concernent l'aventure coloniale anglaise (le déclin de la dynastie moghole en Inde, l'installation des dissidents religieux anglais en Amérique du Nord qui allait donner naissance aux États-Unis, la présence anglaise dans les Caraïbes), deux évoquent la France (la tentative avortée d'installation française au Canada, l'importance des Antilles et de Saint-Domingue dans l'économie française de la fin du XVIIIe siècle), et enfin une vignette donne à voir un aspect de la violence esclavagiste (le trafic négrier atteint son apogée dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, avant de se résorber progressivement sous la pression de théories humanitaires, et l'émergence d'une nouvelle logique économique).

Le tableau, pour "complet" qu'il soit, reste cependant largement édulcoré.

La théâtralité l'emporte largement sur la vérité : les Espagnols , quand ils ne se disputent pas entre eux, se saisissent par fourberie d'un empereur aztèque ; les Anglais achètent avec de la verroterie des territoires immenses, vendent leurs maîtresses ou se prosternent devant des empereurs aux noms étranges ; les Français, quand ils ne sont pas accueillis par de charmants hôtes canadiens, sont victimes d'horribles événements climatiques ; il reste enfin quelques Africains, que l'on ballote d'un continent à l'autre....


Voilà les tributs que paye le Roi de Portugal



Nicolas Delaunay
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,1 x 14,3
Inventaire n° 25098

La vignette représente un épisode de la conquête des côtes de l'Océan Indien par les Portugais.

Alfonso d'Albuquerque (1453-1515) fonde au XVIe siècle les bases de la puissance coloniale portugaise en Inde. En 1509, il prend Ormuz, à l'entrée du golfe persique, qui dépendait alors de la Perse, et y fait construire une forteresse. Une insurrection de ses lieutenants le força à abandonner la place : "Cette trahison força Albuquerque à renvoyer l'exécution de son projet au tems qu'il savoit n'être pas éloigné, où il auroit à sa disposition toutes les forces de sa nation. Dès qu'il fut devenu vice-roi, il reparut devant Ormuz avec un appareil, auquel une cour corrompue, un peuple amolli, ne se crurent pas en état de résister. On se soumit. Le souverain de la Perse osa demander un tribut au vainqueur. Albuquerque fit apporter devant l'envoyé des boulets, des grenades et des sabres. Voilà, lui dit-il, la monnoie des Tributs que paie le roi de Portugal." (Livre I, page 85).


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


Les Anglois demandent pardon à Aurengzeb qu'ils ont offensé



Nicolas Delaunay
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,7 x 14,8
Inventaire n° 25082

Aurengzeb (1618-1707) est un empereur moghol de l'Inde. Né dans le Gudjerat, Aurengzeb était le fils de l'empereur Chah Jahan. Il écarta son père du pouvoir en 1658, en l'emprisonnant et il élimina ses frères de la succession, en les faisant mettre à mort.

Le règne d'Aurengzeb marque le début du déclin de la dynastie moghole musulmane : fanatique religieux, Aurengzeb imposa à l'Inde un rigorisme bientôt insoutenable (interdiction de la musique, chasse aux blasphémateurs,...).

Quelques succès militaires (annexions de sultanats chiites) n'empêchèrent pas l'émergence d'une guerilla de plus en plus intense, suscitée par les Hindous, victimes de multiples vexations (rétablissement de l'impôt spécifique dû par les non-musulmans).

A l'époque d'Aurengzeb, au début du XVIIIe siècle, la présence européenne en Inde est limitée : les Français sont présents à Pondichéry, Calicut, Karikal; les Anglais possèdent des comptoirs commerciaux à Madras, Bombay ou Calcutta.

Après la mort d'Aurengzeb, les querelles de succession provoquèrent un nouveau morcellement de l'Inde ; les principautés musulmanes indépendantes se multiplièrent, des royaumes hindous réapparurent. Les Européens profiteront de cette situation dès la seconde moitié du XVIIIe siècle : les Français, à partir de leur comptoir de Pondichéry, tentèrent de créer une colonie ; ils seront éliminés de la scène indienne par les Anglais, qui s'assurent à partir de 1757 le contrôle progressif de l'Inde.

L'épisode décrit par la vignette se situe en 1688, lorsque Josias Child, directeur de la Compagnie anglaise des Indes orinatales, lance une campagne de piratage dans les eaux de l'Océan Indien, pour renflouer les caisses de la compagnie. Il confie l'exécution de l'opération à son frère John Child, gouverneur de Bombay. Les navires de commerce de l'empire moghol en font les frais. Les Moghols réagissent en envoient une expédition contre les Anglais, qui sont battus : "Child, aussi lâche dans le danger qu'il avait paru audacieux dans ses pirateries, envoie sur le champ des députés à la cour, pour y demander grâce. Après bien des supplications, bien des bassesses, les Anglois sont admis devant l'empereur, les mains liées & la face prosternée contre terre." (Livre III, p. 283).

(Jean Housen - 1997)


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


Les Espagnols se rendent maîtres de Montezuma dans Mexico même



Jean-Louis Delignon
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,1 x 14,8
Inventaire n° 25086

La gravure renvoie à un passage du tome II (livre VI, page 33) où l'auteur décrit les circonstances de la capture de Moctezuma par Cortez et sa troupe.

Montezuma, ou Moctezuma (1466-1520) devint l'empereur des Aztèques en 1503. Cristobal Colon avait découvert le continent américain quatre ans plus tôt, en 1498, lors de son troisième voyage. En 1513, Balboa traverse l'isthme centraméricain et atteint le Pacifique ; la même année, Juan Ponce de Leon touche la Floride.

Les premiers contacts entre l'empire aztèque et les envahisseurs espagnols ont lieu au début de 1519 : en quelques mois, Hernan Cortez et ses hommes atteignent Tenochtitlan (Mexico), la capitale de l'empire aztèque. A la fois inquiet, réticent et fasciné, Moctezuma avait laissé le passage aux Espagnols, qui n'avaient pas manqué de se faire des alliés parmi les peuples soumis aux razzias des Aztèques. Tenochtitlan était le coeur d'une civilisation brillante, mais vraisemblablement à bout : les sacrifices humains (sans doute 80.000 victimes lors de la rénovation du grand temple de Tenochtitlan en 1487), les présages négatifs des oracles aztèques quant à l'avenir, l'animosité des autres peuples du Mexique envers les Aztèques.... L'empire de Moctezuma était une proie facile pour Cortez et sa poignée d'hommes. Moctezuma tente de transiger, cède aux premières exigences de Cortez qu'il redoute et dont il se méfie : il se laisse capturer et garder en otage par les Espagnols. Il mourra lapidé par ses sujets en juin 1520, quelques jours avant " la noche triste " durant laquelle Cortez est obligé d'abandonner Tenochtitlan.


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


François Pizarre assassiné par une troupe de Conjurés



d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,6 x 15,3
Inventaire n° 25085

Parti de Panama, Francisco Pizarro (1475-1541), ses frères Hernando et Gonzalo, et leur associé Almagro atteignent l'empire inca en 1531. Pizarro met la main sur Atahualpa, l'Inca, qu'il fait mettre à mort, malgré une rançon évaluée à plusieurs dizaines de mètres cubes d'or.

Il fonde Lima de los Reyes et devient marquis et gouverneur de la " Nouvelle-Castille " : il est assassiné dans son palais de Lima le 26 juin 1541 par une troupe d'Espagnols fidèles à son ex-associé Almagro, qui avait été exécuté par Hernando Pizarro deux ans plus tôt.

L'assassinat de Pizarro est l'un des multiples épisodes des luttes entre les conquistadores espagnols pour le contrôle des territoires américains.

(Jean Housen - 1997)


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel


Esclaves conduits par des Marchands



Nicolas Delaunay
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,5 x 14,7
Inventaire n° 25080

La vignette montre un convoi d'esclaves noirs menés par des marchands, vêtus à l'antique, et armés d'arcs à flèches et de piques. A l'avant-plan, trois esclaves, dont la tête est prise dans des cangues de bois, sont affalés sur le sol; l'un d'entre eux se désaltère.

Si l'accoutrement des négriers paraît bien fantaisiste, la description du convoi correspond à ce que l'on sait : "(...)les hommes étaient regroupés par groupes de dix ou vingt qui portaient autour du cou des carcans de fer reliés par une chaîne dont un cadenas réunissait les deux extrémités. Les carcans ayant été rivés, ils restaient liés les uns aux autres durant tout le voyage. A l'étape la moindre corvée : puiser de l'eau ou chercher du bois, qui aurait pu être exécutées par quelques uns, exigeait le déplacement de tous. Au fur et à mesure de la progression, morts et ventes creusaient des vides et les autres continuaient à traîner tout le poids de l'instrument incomplètement utilisé. Si la chaîne ne suffisait pas, on employait un moyen plus rigoureux : la cangue. Elle consistait en deux fourches attachées par leurs extrémités simples; les extrémités doubles, complétées par une barre de fer ou des lianes, entouraient le cou de deux captifs qui, pour éviter d'avoir la peau déchirée par le bois rugueux, devaient les tenir soulevées, du moins quand ils le pouvaient car en plus ils avaient parfois les mains liées." (Fr. RENAULT et S. DAGET, Les traites négrières en Afrique, Paris,
Karthala, 1985, p. 206.)


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


Un Anglais de la Barbade vend sa maîtresse



Nicolas Delaunay
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22 x 14,8
Inventaire n° 25084

La scène représente une vente d'esclave : deux Européens transigent sur la vente d'une Caraïbe. La femme est attachée par une chaîne qui relie les anneaux de métal qu'elle porte au cou et à la cheville. Le collier est pourvu d'une poignée. A l'arrière-plan, on distingue plusieurs personnages en train de procéder au débarquement des marchandises d'un bateau. Au fond, sur une colline, se profile un fortin sur lequel flotte un drapeau. L'ensemble représente l'île de la Barbade.

La gravure renvoie à un passage du tome III : " Des Anglois débarqués sur les côtes du continent pour y faire des esclaves, furent découverts par les Caraïbes qui servoient de butin à leurs courses. Les sauvages fondirent sur la troupe ennemie, qu'ils mirent à mort ou en fuite. Un jeune homme long-tems poursuivi, se jetta dans un bois. Une Indienne l'ayant rencontré, sauva ses jours, le nourrit secrètement, & le reconduisit après quelque tems sur les bords de la mer. Ses compagnons y attendoient à l'ancre ceux qui s'étoient égarés : la chaloupe vint le prendre. Sa libératrice voulut le suivre au vaisseau. Dès qu'ils furent arrivés à la Barbade, le monstre vendit celle qui lui avoit conservé la vie, qui lui avoit donné son coeur, avec tous les sentimens & tous les trésors de l'amour. Pour réparer l'honneur de la nation Anglaise, un de ses poëtes a dévoué lui-même à l'horreur de la postérité, ce monument d'infâmie, d'avarice & de perfidie. Plusieurs langues l'ont fait détester des nations ". (Tome III, livre XIV, p. 525).

A la fin du XVIIIe siècle, la campagne pour l'abolition de l'esclavage se joue sur fond de rivalité coloniale entre la France et l'Angleterre. Le contrôle de l'Amérique tourne au profit des Anglo-Saxons : la France ne possède plus à cette époque qu'un un empire colonial américain restreint par rapport à l'Angleterre, qui s'assure la domination mondiale, des Amériques aux Indes.

En Amérique, la France a en effet vendu la Louisiane en 1763. Le fleuron des possessions françaises en Amérique est Saint-Domingue (Haïti) : malgré les faibles dimensions du territoire, la production en sucre, café et bois d'acajou de Saint-Domingue représente à cette époque un huitième du revenu annuel de la France. Cette richesse est assurée par environ 25,000 colons et 500,000 esclaves, dont plus de la moitié ont été importés entre 1750 et 1789. L'esclavage est donc à la base de la prospérité de Saint-Domingue, ainsi que des grands ports européens de la côte atlantique, dont les armateurs amassent des fortunes grâce au "voyage triangulaire" entre l'Europe, l'Afrique et les Antilles.

A la fin du XVIIIe siècle, les Anglais entreprennent la conquête des Indes. Ils y découvrent un gigantesque réservoir de main d'oeuvre et entrevoient la possibilité d'une nouvelle structure économique coloniale, parallèle aux balbutiements de la société industrielle : l'utilisation d'une main d'oeuvre "libre" abondante rend inutiles les multiples frais qu'occasionnent l'entretien et le renouvellement constant du cheptel humain que constituent les esclaves. C'est en Angleterre qu'apparaissent alors les premières sociétés anti-esclavagistes, dont la propagande reflète les prémices de l'idéologie industrielle du XIXe siècle.

La France révolutionnaire abolira l'esclavage, ... Bonaparte le rétablit dès les premières années du XIXe siècle.

C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'illustration de Moreau, qui, tout en participant, peut-être mollement, au concert humanitaire en faveur de l'abolition de l'esclavage, semble surtout dire que décidément les Anglais sont vraiment bien les plus infâmes .... oser vendre sa maîtresse !

(Jean Housen - 1997)


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


Ouragan aux Antilles



Nicolas Delaunay
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,4 x 14,8
Inventaire n° 25081

Une jeune femme s'enfuit devant la violence de l'ouragan : elle tient un nourrisson contre son sein, un autre enfant s'agrippe à elle et cache sa tête dans la jupe de sa mère. Derrière elle, la charpente d'une maison se désintègre sous la poussée du vent. A l'avant-plan, les deux jambes d'un cadavre apparaissent sous les décombres de la charpente. A l'arrière plan, plusieurs personnages se recroquevillent et protègent leurs têtes des branches et des débris qui volent.

Dans le tome III, livre dixième (consacré aux Etablissemens des nations européennes dans le Grand Archipel de l'Amérique), Raynal décrit les conditions géographiques et climatiques des Antilles : "L'ouragan est un vent furieux, le plus souvent accompagné de pluie, d'éclairs, de tonnere, quelquefois de tremblemens de terre, & toujours des circonstances les plus terribles, les plus destructives que les vents puissent rassembler. Tout-à-coup, au jour vif & brillant de la Zone Torride, succède une nuit universelle & profonde; à la parure d'un printems éternel, la nudité des plus tristes hivers. Des arbres aussi anciens que le monde sont déracinés ou leurs débris dispersés. Les plus solides édifices n'offrent en un moment que des décombres. (...) Des malheureux dépouillés de tout, pleurent sur des cadavres, ou cherchent leurs parens sous des ruines." (Tome III, livre X, p. 16).


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


Bienfaisance d'une Famille Sauvage du Canada envers des Français



Jean-Baptiste Simonet
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,7 x 14,7
Inventaire n° 25079

La gravure renvoie à un passage du tome IV qui décrit les premiers débarquements des Français sur la côte canadienne, vers 1535-1540 : " Un bâtiment François s'étoit brisé, à l'entrée de l'hiver, sur les rochers d'Anticosti. Ceux des matelots qui dans cette île déserte & sauvage, avoient échappé aux rigueurs des frimats & de la famine, formèrent, des débris de leur navire, un radeau qui, au printems, les conduisit dans le continent. Une cabane de sauvages s'offrit à leurs yeux expirans. Mes frères, leur dit affectueusement le chef de cette famille solitaire, les malheureux ont droit à notre commisération & à notre assistance ; nous sommes humains, & les misères de l'humanité nous touchent dans les autres comme dans nous mêmes. " (Tome IV, livre XV, p. 18).


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


Penn achète des Sauvages le Pays qu'il veut occuper



Nicolas Delaunay
d'après Jean-Michel Moreau
Burin
22,1 x 14,7
Inventaire n° 25083

William Penn (1644-1718) fonde en 1682 la Pennsylvanie, qu'il dote de lois inspirées par l'idéologie des Quakers.

"Son arrivée au Nouveau-Monde fut signalée par un acte d'équité, qui fit aimer sa personne & chérir ses principes. Peu satisfait du droit que lui donnoit sur son établissement la cession du ministère Britannique, il résolut d'acheter des naturels du pays, le vaste territoire qu'il se proposoit de peupler. On ne sait point le prix qu'y mirent les sauvages : mais quoiqu'on les accuse de stupidité pour avoir vendu ce qu'ils ne dovoient jamais aliéner, Penn n'en eut pas moins la gloire d'avoir donné en Amérique un exemple de justice & de modération, que les Européens n'avoient pas même imaginé jusqu'alors." (Tome IV, livre XVIII, p. 272).


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau


sur Internet

Réédition de l'Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (UK, University of Hull, Faculty of Arts, Département de Français)
Editions liégeoises et maastrichtoises de l'Histoire des deux Indes (Belgique, Université de Liège)


Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes, vignettes de Jean-Michel Moreau

Université de Liège - Service des Collections artistiques - E-mail : wittert@ulg.ac.be

Page créée le 22 octobre 1999 - modifiée le 12 mars 2003


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