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Université de Liège (Belgique) - Collections artistiques - Florilège

William HOGARTH (Londres, 1697 - Chiswick, 1764)

William Hogarth - La Carrière du Roué


La Carrière du Roué (1735), par William Hogarth


La série La Carrière du Roué paraît en juin 1735 : Hogarth en retarda la diffusion jusqu'à ce qu'une loi sur la propriété artistique eût été votée par le Parlement Cette loi, connue Sous le nom de "loi Hogarth" instituait un copyright et donnait aux artistes un moyen de protection légale contre le piratage.

La Carrière du Roué raconte en huit planches les aventures de Tom Rakewell, depuis le moment où il hérite d'un riche marchand avare jusqu'à sa fin dans une maison de fous. Les Collections artistiques ont acquis en 1997 les 5 premières planches de la série (dont certaines dans deux tirages différents). Les descriptions des scènes de La Carrière du Roué sont empruntées à la monographie de Burke et Caldwell consacrée à l'oeuvre gravé de Hogarth (Paris, 1988).

Igor Strawinsky s'est inspiré de la série de Hogarth pour son opéra The Rake's Progress (1951).

I. Le Jeune Héritier prend possession des biens de l'avare
II. Le Lever du Roué (entouré d'artistes et de professeurs)
III. L'Orgie
IV. Arrêté pour dettes
V. Marié à une vieille fille



I. Le Jeune Héritier prend possession des biens de l'avare


Burin
31,5 x 38,5 cm
Acquisition (1997)
Inventaire n° 27563

                     
         

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Un tailleur prend les mesures de Tom Rakewell, qui se fait faire des vêtements de deuil : il vient d'hériter d'un riche marchand.

Mrs Young et Sarah, sa fille, font irruption. Tom Rakewell a séduit la jeune fille, elle est enceinte et il lui avait promis le mariage. Il lui offre maintenant de l'argent pour se débarrasser d'elle.

De nombreux détails traduisent I'avarice du défunt. Un ouvrier en train de tapisser la pièce d'un drap mortuaire, découvre un magot caché. Sur la tablette de la cheminée, on distingue un "économiseur" de chandelle. Le placard contient une collection de vieilles perruques et de vieilles chaussures, etc. Un coffre est plein d'argenterie et de sacs d'argent, et sur un journal particulier on peut lire : "Fait passer mon shilling faux". L'intendant, ou notaire, remarque que l'héritier n'a pas compté la poignée de guinées qu'il a prises dans le sac, et il dérobe d'autres pièces derrière son dos.


La Carrière du Roué, de William Hogarth


II. Le Lever du Roué (entouré d'artistes et de professeurs)


Burin
31,1 x 38,3 cm
Acquisition (1997)
Inventaire n° 27565

         

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Le lever du roué se fait en présence d'une assemblée de flatteurs : maître de danse français avec son violon, un architecte paysagiste , James Fogg, le boxeur avec ses bâtons d'escrime, et le maître d'armes français Dubois, tué en duel le 10 mai 1734; de l'autre côté un jockey à genoux avec un trophée signé à Epsom par le cheval "Silly Tom", et un personnage qui essaye un cor de chasse. Le musicien au clavecin à gauche est Nicolas Porpora, qui dirigeait le Théâtre du roi à Haymarket et était l'ennemi du favori de Hogarth, Haendel. Le rouleau de papier est une liste de cadeaux ridicules mais coûteux, que la noblesse anglaise aurait offert à Farinelli, le fameux castrat italien lancé par Porpora; dans le fond le petit poète rabougri, en train de lire une "Epitre à Rake..,", est une allusion à la pratique courante de Pope de dédier des épîtres à des protecteurs aristocratiques.


La Carrière du Roué, de William Hogarth


III. L'Orgie


Burin
31,2 x 36,5 cm
Acquisition (1997)
Inventaire n° 27556

         

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Le Roué et ses compagnons sont à la Taverne de la Rose à Drury Lane : le Roué vient de s'emparer de la lanterne et du bâton d'un veilleur de nuit. Il est complètement saoul et ne s'aperçoit pas qu'on lui vole sa montre.

Au premier plan, une femme se déshabille et se prépare à s'exhiber sur le plateau qu'apporte un garçon. Une fille ivre, montée sur une chaise, essaie de mettre le feu à une carte du monde avec une chandelle. Les tableaux au mur sont les portraits des empereurs romains par Titien, mais les têtes ont été découpées, à l'exception de celle de Néron, le plus dépravé de tous. Le Roué en est au même degré de dégénérescence que Néron, et son univers, ou son empire ne vont pas tarder à s'effondrer autour de lui.


La Carrière du Roué, de William Hogarth


IV. Arrêté pour dettes


Burin
31,7 x 38,7 cm
Acquisition (1997)
Inventaire n° 27555

         

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Le Roué se rend au palais de Saint-James, au lever du roi, ce qui constitue le couronnement de son ascension sociale. Il est cependant méfiant : ses créanciers le poursuivent et le Roué préfère se déplacer en chaise à porteurs fermée. Il est pourtant découvert et arrêté. Sa fidèle maîtresse, Sarah Young, devenue couturière, se trouve fort à propos sur les lieux pour offrir ses économies. Un allumeur de lanterne est si distrait par cette arrestation qu'il renverse l'huile destinée à la lanterne.

Hogarth porte une attaque contre le jeu. Un coup de foudre va frapper White's Club, club et maison de jeu de l'aristocratie. A droite, sur un poteau, l'inscription Black, et devant le poteau un groupe de gamins des rues, dont certains sont cireurs de chaussures constituent un club rival à celui de l'aristocratie. Chacun d'eux joue son rôle dans une parodie précise de leurs aînés et supérieurs sociaux, de leurs parasites et de leur conduite. Le premier gamin à gauche est un expert des affaires du monde, qui lit le Farthing Fost et fume la pipe. Le joueur de cartes, au centre, est un petit vendeur de journaux qui s'intéresse, lui aussi, à la politique, car un journal sur lequel on lit "Votez pour ce qui vous concerne, les libertés" est fiché dans son chapeau. Son adversaire triche, en se faisant signaler par un complice les cartes de l'autre. Sans aucun doute le petit vendeur de journaux était flatté d'avoir l'occasion de jouer avec un aussi grand personnage portant perruque carrée, un prince parmi les cireurs de chaussures. Un joueur de dés a gagné tous les vêtements, sauf la culotte, d'un cireur de chaussures, devant lequel se trouvent un petit pot et un verre à liqueur, sens dessus dessous. C'est là une école des roués exclusivement masculine, et non pas une féminine Ecole de la Médisance c'est pourquoi aucun des membres du Club ne prête la moindre attention à la tribulation scandaleuse du héros, à part celui qui lui fait les poches. Le caractère humoristique de ce groupe tient à ce que l'on peut y voir, mutatis mutandis, l'image exacte de ce qui se passe à l'intérieur du White's.


La Carrière du Roué, de William Hogarth


V. Marié à une vieille fille


Burin
17,2 x 22,5 cm
Acquisition (1997)
Inventaire n° 27566

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Pour se refaire, Tom épouse une vieille héritière borgne dans la vieille église de Mary-le-Bone, lieu bien connu des mariages secrets hors de la ville, tandis que l'ouvreuse de bancs s'efforce d'empêcher Sarah Young, sa mère et l'enfant qu'elle a eu du Roué, d'interrompre la cérémonie.

La clé de l'estampe est la Table des Dix Commandements, dont on voit la deuxième moitié, celle qui est consacrée à nos devoirs envers le prochain. Tous les commandements sont fendillés et illisibles, sauf le dernier "Tu ne convoiteras point... de ton prochain.. servante." Le Roué a déjà l'oeil sur la servante de la mariée, qui va devenir la sienne, de plus d'une façon. Un chien plein de vigueur, imitant fidèlement son maître, s'en prend vaillamment à une chienne borgne.

Le Credo est dans un état si lamentable que les seuls mots lisibles sont : "Je crois." Une grosse toile d'araignées recouvre le tronc des pauvres, l'araignée ayant choisi l'endroit de l'église où elle risque le moins d'être dérangée. Une inscription sur la tribune indique que l'église a été "embellie" en 1725. Ou bien le conseil de fabrique a détourné les deniers de la paroisse, ou bien l'église a été bien mal entretenue.

La décoration de plantes vertes fait allusion au Désir et à l'Hiver, c'est-à-dire aux passions, et aux attraits de la mariée.

Hogarth a fait un changement intéressant dans le troisième état. Dans le premier état, il se trouvait, par hasard, que le visage innocent de la suivante de la mariée ressemblait à celui de Sarah Young, Si bien que l'intrigue serait devenue incompréhensible si on les avait confondues. C'est pourquoi il a donné à cette femme un aspect qui reste attrayant, mais qui est moins innocent.


La Carrière du Roué, de William Hogarth

Université de Liège - Service des Collections artistiques - E-mail : wittert@ulg.ac.be

Page créée le 21 février 2000 - modifiée le 28 octobre 2006


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