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Université de Liège (Belgique) - Collections artistiques - Florilège

DACOS (Huy, 1940 - Liège, 2012)

Dacos - Expositions, collections publiques et editions - Textes


De Belge à Graveur
Dacos voyage

Dacos : DE BELGE A GRAVEUR

Sous-titre, en-tête de chapitre, pour relater le parcours de DACOS depuis l'an zéro en Belgique jusqu'à son état actuel de graveur international. Sous-titre, tiré de DACOS lui-même: " DACOS, belge devenu graveur" qu'il propose en tête de chacun des ses curricilum vitae. "Belge devenu graveur", sorte de pied de nez au curriculum BCBG, à l'aspect étriqué des frontières nationales, de toutes les frontières nationales, pour s'ouvrir vers le voyage et les rencontres, que permet la gravure.

Belge, c'est un accident de l'histoire" dit-il. Et pour lui, cet état de fait laisse des traces, dont il n'a plus qu'à assumer les conséquences ( nous en reparlerons ). Graveur par contre, c'est l'ouverture délibérée, le lieu de création. Mais on n'en est pas encore là!

DACOS voit le jour en 1940, à Huy, dans la tourmente de l'invasion nazie. Les bombardements, les abris, les soldats allemands sur le pont de sa ville, sont encore dans sa mémoire. Peu après, sa famille déménage à la campagne, "Aux Awirs".

Là, ce sont les robots, la cave et les soldats américains.

" Même tout petit, dit-il, on sent que c'est dramatique". Hormis les tumultes guerriers, DACOS garde cependant un bon souvenir de sa petite enfance. Entouré de sa fratrie, DACOS grandit sous la houlette d'un père tour à tour employé, représentant de commerce, fabricant de jouets et d'une mère ménagère, collaboratrice épisodique des activités de son époux. " Milieu sinon prolétaire, du moins populaire". DACOS, on va le voir, n'en a pas accepté l'héritage tel quel. Sa vie, il la passe, depuis, à inventer de nouvelles voies. Solitaire, DACOS l'est déjà à dix ans. Le grenier de la maison familiale n'est habité que par lui. Les prairies et les bois alentour accueillent fréquemment ses rêveries. Les arbres constituent ses refuges. DACOS, petit, ne dessine pas plus qu'un autre enfant. Il ne sait même pas ce qu'est une gravure. Adolescent, il perd trois années à cause d'une "maladie imbécile" comme il l'appelle, avant d'entrer à l'école normale pour devenir instituteur.

" On devient instituteur ou curé quand on sort du peuple" déclare-t-il laconique.
Mais déjà à l'époque, les curés, bien qu'ayant été enfant de choeur, il se prépare, comme il dit, "à en bouffer".

Le choix était donc évident et DACOS, diplôme en poche, enseigne pendant un an.
Vingt ans au début des Golden Sixties.
Vingt ans et une déchirure s'ouvre.
Le terrain est favorable: "Depuis toujours, je savais que je ferais quelque chose mais je ne savais pas quoi".
DACOS a déjà une préoccupation diffuse d'expression! Sculpter, peindre, écrire?
L'écriture fut la première. Ecrire n'est-il pas la première forme d'art apprise systématiquement dès l'école primaire !
Parallèlement au métier d'instituteur, DACOS fréquente les Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Education Active ( C.E.M.E.A.) qui forment des moniteurs de colonies de vacances. Vannerie, poterie, tout y passait. DACOS, lui commence à avoir des velléités de sculpteur.
" Je considérais cette technique plus comme un moyen d'expression que comme une technique d'animation pour enfant".

DACOS abandonne le métier d'instituteur et sans emploi, les problèmes financiers s'installent. La terre à modeler coûte cher, les cuissons aussi. DACOS se met donc au dessin, moins onéreux.
Vie instable, petits boulots, recherche de soi et du reste.
"J'ai travaillé aussi un peu comme décorateur au Théâtre de l'Etuve à Liège, pour dépanner". La troupe fut satisfaite de ses services et l'engagea comme régisseur. ( Par la suite, pour la petite histoire, il travaillera comme décorateur pour d'autres théâtres, à Liège, à Bruxelles et même au Fourneau Saint Michel.)
Sorti du théâtre, Dacos arpente les galeries de Liège. Ce furent ses premiers contacts avec la gravure. Parallèlement, DACOS ne se trouve pas assez cultivé - culture bourgeoise s'entend - celle que ses parents, du petit peuple, auraient été incapables de lui fournir. Il décide donc de se la forger et s'inscrit à l'université de Liège, en Histoire de l'Art. DACOS était persuadé que sans cela, il ne pourrait jamais créer des images. " Naïveté" se dit-il avec le recul. Il abandonne rapidement. Avec le recul aussi, on ne peut que lui donner raison.

La culture, parlons-en.

Sorti de sa campagne, Dacos n'a pour tout bagage que ses lectures. Le reste lui manque.
"La campagne, quand on n'est pas paysan, c'est le désert culturel" illustre-t-il. A l'université, il ne trouve selon lui qu'un encyclopédisme assez vain. Ni l'un ni l'autre ne lui convenait.
"La culture est la manière de se nourrir du monde" dit-il. Pour lui, elle n'est jamais enfermée par un artiste qui a précédé. Elle naît et renaît sans cesse par la connivence entre la pensée et le regard, entre la pensée nourrie de ses connaissances et le regard de la lumière du monde. Ainsi seulement la culture peut sortir d'elle-même et évoluer.

Et la gravure dans tout cela ?

Retrouvons DACOS entre l'université, le théâtre et le dessin.
"A l'époque, dit-il, je faisais des dessins avec des petites lignes". Quelqu'un lui fait remarquer que ce type de travail conviendrait bien à la gravure. Vu de plus loin dans le temps, DACOS trouve ce jugement stupide mais ne peut que remercier son interlocuteur pour la suite que lui-même y a donnée.
La rencontre avec Jean Donnay, au moment de sa mise à la retraite de professeur de gravure à l'Académie des Beaux Arts de Liège, va être décisive. Il le rencontre à la Galerie de Jean Dols, autre grand graveur liégeois. Jean Donnay alors lui apporte une plaque de métal qu'il avait lui-même préparée et vernie, il lui explique les rudiments de la technique. DACOS rentre chez lui et se met à "gratter". Aimablement Donnay reprit la plaque chez lui, la mordit à l'acide et l'imprima. "Il y des luxes qui ne s'achètent pas". DACOS était presque devenu graveur.
Sans atelier et sans argent pour en équiper un, il est bien en peine de poursuivre ce qui allait devenir une passion ou plus simplement une raison de vivre.
Décidé, il va trouver Georges Comhaire, successeur de Jean Donnay à l'Académie, et lui demande de l'accepter comme élève. Le professeur accepte.
"C'est comme cela que j'ai commencé à faire de la gravure à l'Académie"

A 23 ans, le début d'une longue histoire.


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DACOS VOYAGE

Quittant Liège, le premier voyage de DACOS graveur est Bruxelles. Il s'y installe, devient même un temps chauffeur livreur pour subvenir à l'alimentaire. Il continue à graver chez lui et le soir va mordre et imprimer à l'Ecole des Arts d'Ixelles.

Entretemps, il a obtenu un diplôme de graveur à l'Académie de Liège et entame le tour des galeries, ses travaux sous le bras. La première exposition eut lieu dans sa ville d'adoption. Les autres suivirent. L'une préparant la prochaine jusqu'à étoffer une carrière naissante.

Il travaille aussi aux "Jeunesses Poétiques" et parallèlement s'occupe de décors pour le Théâtre de la Communauté de Seraing, le Rideau de Bruxelles où il rencontre Julos Beaucarne.

L'été 65. DACOS l'accompagne dans le sud de la France, dans la région du Mont Ventoux. Chaque soir. Chaque soir, Julos Beaucarne chante dans les villages.

" Moi, dit DACOS, j'imprimais au jour le jour les affiches des spectacles, en linogravure, pour ensuite aller les agrafer sur les platanes. A l'entracte, on passait le chapeau. C'était notre nourriture".

DACOS tombe aussi amoureux du Mont Ventoux et par la suite, de Marie Hélène qu'il épousera plus tard là-bas.

De retour en Belgique, notre graveur sollicite une bourse afin de confronter son métier à d'autres horizons. Son diplôme, ses débuts prometteurs appuyèrent sa demande.

"J'aurais voulu aller dans les pays de l'Est pour voir comment ça se passait".
Le choix de la Pologne, pays de graveurs, s'impose. DACOS vit près d'un an à Cracovie.
"C'est une véritable immersion, qu'on ne peut rencontrer comme touriste".
De cette rencontre avec un pays dit "socialiste", il rentre déçu, sans envie d'y retourner. Mais renforcé paradoxalement dans ses convictions d'homme de gauche.

DACOS, à l'issue du stage, retrouve Bruxelles.

"Puis ce fut 68... un autre voyage".
Il revient à Liège pour participer aux événements. Son militantisme l'amène à créer avec d'autres ATPOLG (atelier populaire de Liège). En une seule année, l'équipe produit une soixantaine d'affiches militantes en sérigraphie.
Assurément, pour notre artiste, un grand espoir dont il a su conserver, malgré l'usure du temps, les éléments les plus essentiels.
DACOS ne peut que poursuivre, morose: "Après 68,...69, la grande débacle !".

C'est l'époque, selon lui, où les gens déçoivent leurs idées.

Il ne peut le supporter, il repart.
Il obtient une nouvelle bourse et va s'installer pour un an à Lisbonne dans un Portugal qui n'a pas encore connu sa révolution des oeillets.
" De nouveau, je voulais aller voir et non cautionner un régime. Et je savais bien que je ne me lierais jamais au fascisme".
Depuis, il s'y est fait des amis, de très bons amis, et il retourne régulièrement travailler et enseigner dans les coopératives artistiques de Lisbonne de Porto et dans d'autres endroits moins connus. Il est sûr à chaque fois de trouver à sa disposition un atelier équipé et des amis prêts à "manger" avec lui.
Après ce stage, Dacos rejoint le Vaucluse, le Mont Ventoux, mais aussi Marie-Hélène. Le couple s'installe à Méthamis sur les contreforts de la montagne. La maison, Marie-Hélène l'a "reçue" de sa famille et la fenêtre de l'atelier donne en plein sur le flanc sud de Ventoux.

A 30 ans, DACOS commence à s'installer et crée là-bas son premier atelier personnel. "Un atelier avec une presse". Trois enfants naissent. DACOS grave et organise des expositions à Carpentras, Lyon, Toulon et dans bien d'autres endroits. Marie-Hélène est professeur de mathématiques et met la famille à l'abri du besoin.
En 1973, alors que DACOS vit à l'heure provençale, il n'a pas pour autant rompu les contacts avec Liège. Il y obtient cette année-là le Grand Prix Quinquennal de Gravure. Prix balayé depuis par les restrictions budgétaires.
Voilà enfin l'artiste reconnu dans le pays qui l'a vu naître et qui, cependant, jusque là, ne lui a pas toujours permis de vivre dans les conditions les plus sereines. La qualité de l'oeuvre produit est peut-être à ce prix.

Mieux encore, l'année suivante, en 1974, Georges Comhaire laisse libre la charge de professeur de gravure à l'Académie de Liège. L'enseignant devient retraité, l'élève devient professeur. DACOS obtient le poste, sa candidature est retenue.
Toute la famille s'installe à Liège, Marie-Hélène prend un congé sans solde, au tour de DACOS d'assurer l'intendance. Il a 34 ans, trois enfants, une femme, un atelier et derrière lui un parcours tumultueux, nourri d'espoirs, de luttes, bousculé de recherches incessantes.
Parlant de son métier de professeur et comparant le temps libre qui lui reste pour sa recherche personnelle, DACOS hésite: "Ce n'est pas la meilleure solution, mais c'est la moins mauvaise".
En effet, l'horaire à l'Académie est relativement léger, mais vu les impératifs de régularité, les voyages de longue durée ne sont plus possibles. DACOS expose cependant un peu partout et profite de ses passages dans différentes villes pour rencontrer des collègues d'autres institutions, des artistes et surtout...des gens. Il obtient même un court (trop court) voyage en Chine.
( Il faudrait aussi beaucoup s'étendre sur la richesse des contacts avec les élèves.)

Pendant ce temps, Marie- Hélène ne reste pas inactive. Elle s'occupe d'enfants du quart-monde issus du quartier populaire où la famille habite. Elle crée une pré-école, écrit trois livres sur le sujet et devient même assistante à l'Université de Liège en Pédagogie. Cependant, à l'issue de son "congé" de presque dix ans, elle repart vers le Sud avec les enfants. Le siècle est dans les années quatre-vingts, DACOS est dans la quarantaine.


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Université de Liège - Service des Collections artistiques - E-mail : wittert@ulg.ac.be

Page créée le 23 février 2000 - modifiée le 14 juin 2012


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