Rembrandt (1606-1669)
         Saint Jérôme écrivant, 1648 (détail)

L'eau-forte est un procédé dit indirect, dit humide ou chaud. En effet, l'attaque de la plaque de métal se fait par morsure dans un bain d'acide.

Le terme d'eau-forte désigne l'acide lui-même, puis s'applique à la technique et même à son résultat. Il s'agit toujours de gravure en creux (de taille douce).

Il s'agit de provoquer dans l'eau-forte, sur un support de cuivre poli, des creux profonds en forme de lignes ou de points. La plaque mordue est un moule qui va permettre de produire une estampe. On bourre les tailles d'une encre consistante et elles sont reportées en épaisseur sur le papier, donnant un relief palpable. C'est un jeu de positif imprimé obtenu à partir d'un négatif gravé.

Une estampe d'eau-forte a quelque chose du dessin mais la matière ajoute du mystère grâce à son relief tactile et à son velouté.

 

Les outils

- les langues de chat sont des tiges en acier trempé, en pointe ou arrondie. Elles sont différentes de la pointe sèche parce qu'elles ne nécessitent pas d'angle d'attaque précis.

- les pointes sèches et les burins (depuis XVI é S pour accentuer certains traits)

- pierre à aiguiser

- échoppe: pointe aiguisée en biseau dont la section ovale agit comme un grattoir; elle est destinée à enlever plus ou moins de vernis selon son inclinaison sur la plaque

N.B: utilisée pour la première fois par le français J. CALLOT (fin XVI é - début XVII é)

- grattoir: lame triple, triangulaire concave, permettant de racler le métal, ou d'ébarber les interventions de la pointe sèche.

- brunissoir: lame oblongue et arrondie, humecté de quelques gouttes d'huile pour ne pas rayer le métal; sert à atténuer ou à corriger les tailles trop mordues, les accidents de travail, ou polir les traces du grattoir

- vernis: corps gras mélangé au vernis pour ne pas qu'il durcisse. J.CALLOT a l'idée d'utiliser le vernis des luthiers à base de mastic dans de l'huile de lin. Au XIX é , le vernis dur est remplacé par le "vernis mol", à base de cire vierge et de bitume qui se façonne en boulette.

Les vernis sont appliqués au pinceau ou au rouleau.

- les acides :

  • acide nitrique (utilisé par les premiers aquafortistes allemends et suisses) ronge le métal et creuse les parties attaquées par les pointes.
  • perchlorure de fer mord plus lentement et creuse en profondeur des traits nets et précis.
  • mordants à base de vinaigre, de sels et de vert-de-gris (CALLOT)
  • à base de sels, de vert-de-gris et de sirop de vieux niel ou acide nitrique saturé de nitrate d'argent et d'eau gommée (STAPPART, XVIII é S)
  • eau ajoutée à de l'acide chlorydrique et de chlorate de potasse et sel (utilisé par les hollandais)
  • sulfate de cuivre, d'aluminium, sel marin et vinaigre composaient le mordant emloyés par les italiens et PIRANESE

- essences (thérébentine), bacs à morsures, chiffons,..

 

Les métaux :

 N'importe quel matériau attaquable à l'acide mais le cuivre rouge garde sa primauté, car il est le plus réceptif. Assez dur, il résiste à de nombreux tirages (passages sous presse), mais assez homogène pour des travaux plus fins. Le cuivre était laminé, plané, martelé et poli par une corporation de chaudronniers-dinandiers. Les plaques de cuivre pouvaient être trop molles et trop poreuses parce qu'elles n'avaient pas été assez battues, et par là, peu favorables à une morsure franche.

Le zinc peut être aussi utilisé, mais en étant plus poreux, il s'essuie moins facilement mais la morsure est quatre fois plus rapide. Les tailles sont plutôt larges et peu profondes, donc moins noires au tirage.

Quelque soit la matière, tous les supports sont pourvus d'un biseau sur leur cotés pour faciliter le passage sous la presse.

 

Le procédé

la préparation et le vernissage de la plaque

Il faut nettoyer la plaque pour que le vernis adhère bien. On utilise du vinaigre pour la dégraisser convenablement. On essuie la plaque et on la fixe dans un étau. On la pose sur une source de chaleur et on étalle le vernis . Il ne faut pas que la source de chaleur soit trop chaude sinon le vernis bouillone et cela provoque des craquelures. On égalise la couche de vernis et on laisse la plaque refroidir progressivement. Avant le refroidissement total de la plaque, on procède ensuite à l'enfumage, au moyen d'un flambeau que l'on promène sur toute la plaque et il dégage du noir de fumée. Cette technique opacifie le vernis tout en le solidifiant.

la mise à nu du métal

On grave (creuse) ensuite dans le vernis, à la pointe ou à l'échoppe, pour mettre le cuivre à nu.

On peut utiliser un calque. On se sert alors d'un papier gras transparent enduit au verso de sanguine. On frotte le papier avec une pointe émoussée pour déposer la sanguine sur le vernis et suivre à la pointe les contours. (NB: d'autres procédés de reproduction sont utilisables)

la morsure

Il faut protéger le vernis contre les frottements intempestifs: on le recouvre de papier. Une fois le dessin creusé dans le vernis, on peut procéder à la morsure dans le bain d'acide.

On peut tout régler en une seule opération. Il faut préalablement travailler à plusieurs pointes pour avoir d'emblées des traits de tailles différentes (larges au premier plan, de plus en plus fines ensuite). Cette manière empêche les morsures trop fortes et des noirs très profonds.

Une autre solution propose de trvailler le métal à une seule pointe et de laisser le soin à la morsure de différencier l'épaisseur des tailles par des morsures à couvertures successives. Dans ce cas, on recouvre de vernis, à chaque reprise, les parties déjà mordues pour plonger le reste de la plaque dans le bain. A chaque morsure nouvelle, on obtient ainsi un crescendo des valeurs de trait.

Pour se rendre compte de l'effet exact, on peut tirer une épreuve d'état ( ou une contre-épreuve pour lire le dessin à l'endroit).

On devernit ensuite la plaque, avec de la thérébentine, pour procéder à l'encrage et au tirage.

Au XVIII é s, on avait recours à "l'eau-forte à couler": il fallait laisser couler sans relâche le mordant sur la plaque inclinée: il créait ainsi sur la plaque de vernis dur une réaction: une sorte de cristallisation qui obstruait les tailles. Les atailles étaient dégagées à l'eau courante.

l'encrage

L'encre était composée de noir de fumée et d'huile filtrée mais elle jaunissait. Aujourd'hui, les encres sont plus stables, et sont composées de pigments de terre pour faire tourner le noir.

La plaque de métal est préalablement légèrement chauffée pour que l'encre qui y est déposée ramollisse et entre mieux dans les tailles. En se refroidissant, l'encre se raffermit et résiste mieux à l'essuyage de la plaque. On recouvre la surface de la plaque entièrement et on bourre, avec une poupée ou à la main, les tailles. Il faut essuyer tout le reste de l'encre, tout en gardant celle qui se trouve dans les creux. On utilise une étoffe raide (tarlatane) pour enjamber les tailles mais absorber l'exédent.

 Les romantiques, pour imiter REMBRANDT, utilisaient les tailles retroussées : ils effleuraient la plaque avec un talpon de mousseline pour faire remonter un peu d'encre aux bords des tailles; ce qui avait pour effet d'ajouter une teinte brumeuse. Ils réessuyaient par petits coups secs et francs à certains endroits pour accentuer certains traits. Il ne reste que des soupcons d'encre qui estompent les tailles.

le tirage

La plaque essuyée est entrée, sur la table de la presse, recouverte d'une feuille de papier humide. On descend sur le tout des langes et on met en mouvement la roue qui fait avancer la table. Grâce aux biseaux ménagés, sur le côté de la plaque, elle s'engage facilement dans les cylindres. Ce passage gaufre le papier dont l'eau est absorbée par les langes qui le contraignent à épouser les tailles. Sous la pression, l'encre est emprisonnée de tous côté et ne peut s'échapper latéralement, ce qui explique la fidélité exemplaire du trait imprimé à la lrgeur de la taille. Une fois la table passée, on relève les langes et on décolle le papier sur lequel le cuivre a laissé son empreinte, c'est la cuvette. A l'intérieur de la cuvette, le grain du papier est satiné. Si on retourne la feuille, on remarque au verso des tailles profondes un gaufrage plus important. Le papier estampé a reçu en relief positif le négatif des tailles creusées.

BIBLIOGRAPHIE:
  • TERRAPON Michel, L'eau-forte, Genève, Bonvent, Collection Les métiers d'art, 1975.
Page créée le 23 mars 2000 par Mélanie Delecosse

modifiée le 26 avril 2000

Responsable :

Jean Housen