Michel Natalis (1611-1670)
         Buste de saint Lambert, 1653 (détail)
Les outils

Pour creuser, on utilise le burin, la roulette, et parfois la pointe

* Le burin se compose d'une lame, sur une tige d'acier trempé, munie d'une extrémité en biais, le bec, dont la section est carrée. Le bec permet d'obtenir des traits plutôt courbes ou losangiques pour faciliter des tailles profondes et droites. En variant la pression de la main et l'angle d'attaque, on obtient différents résultats de tailles. Le bon maintien de l'outil dans la main est assuré par le manche en buis ou en ébène, en forme de champignon.

* La roulette est mécanique : il s'agit d'une molette emmanchée. La molette est hérissée de pointes ou grainée et permet de tracer des petits traits semblables à ceux d'un crayon.

On l'utilise pour obtenir des effets de "sfumato" et de subtiles nuances de grisés.

Aujourd'hui, on possède des roulettes électriques qui sont des fraises motorisées imprimant un mouvement de rotation. Les fraises peuvent êtres coniques ou cylindriques. ce genre d'outil est bruyant et fatiguant à manier.

Pour gratter ou effacer, on utilise des instruments négatifs, comme le grattoir et le brunissoir.

* Le grattoir, aussi appelé ébarboir. Cet outil est constitué d'une lame triangulaire concave triple.

En frottant la planche avec un des tranchants du gratttoir, on retire les barbes soulevées par l'outil au moment où l'on creuse le métal.

* Le brunissoir, ausi appelé polissoir. C'est un outil cylindrique poli en acier qui écrase et lisse le métal par raclage. cela permet de refermer la taille pour l'atténuer ou l'effacer les dérapages.

 

Les métaux

Le plus utilisé est le cuivre même s'il est relativement cher : il est pur et et permet un travail doux. Le rendu et la beauté de son aspect s'altère au fil des tirages, c'est pourquoi il est nécessaire de l'aciérer.

L'acier est un métal plus solide mais il contient un certain nombre d'impuretés. elles peuvent servir à obtenir certains effets mais elles peuvent aussi nuire à la qualité du tirage.

Le zinc est plus mou et résiste mal aux tirages répétés. Il n'est donc pas souvent employé.

Le processus

Dans le processus technique, chaque étape a son importance :

l'attaque du métal

La technique de la gravure au burin consiste à creuser des des sillons profonds et réguliers. Le trait du burin est creusé en biais dans le métal et produit un tracé caractéristique, pur, régulier, net.

On peut se servir du burin en complément d'autres techniques pour accentuer certains traits.

Cette technique de gravure permet de créer des valeurs restituant des ombres, des reliefs, des modelés, des traits plus ou moins larges. Pour obtenir des variations dans la profondeur de l'entaille, il suffit de changer l'angle d'attaque de l'outil sur la plaque de métal ainsi que la pression exercée sur l'instrument.

Pour obtenir d'autres effets, comme de différentes valeurs de gris-noirs, on peut travailler avec des contre-tailles et des entretailles et c'est l'intensité de leur concentration qui produit les nuances.

l'encrage de la plaque

Une fois que la plaque possède son dessin entaillé, on commence par chauffer la plaque pour que l'encre ramollisse. On encre entièrement la plaque à l'aide d'un tampon ou à la main, et on bourre avec plus de soin les tailles, à l'aide d'une poupée. L'encre est de consistance onctueuse et se raffermit en sechant.

A l'origine, elle est constituée de noir de fumée et d'huile mais elle a tendance à jaunir.

Une fois retirée du chauffage, l'encre étant gardée facilement dans les creux, la plaque est nettoyée. On essuye la surface entièrement avec un chiffon de moussseline, la tarlatane. L'étoffe doit être assez raide pour enjamber les tailles mais assez spongieuse pour absorber l'excédent. Après plusieurs passages, le drenier essuyage est réalisé à la paume de la main. Il ne reste de l'encre que dans les creux.

Pour obtenir une épreuve retroussée aux noirs plus puissants, il suffit de chatouiller les creux, les tailles encrées, avec une poupée pour faire remonter l'encre sur les bords.

le tirage est la dernière étape

Pour cela, on utilise la presse qui exerce une poussée qui fait que la plaque a laissé son empreinte en négatif sur le papier. C'est ce que l'on appelle la cuvette. Le papier a donc reçu les tailles encrées en relief positif.

 

 

Petit historique du burin

* Les origines, le XV è s. en Allemagne

Un des exemple les plus ancien de gravure serait le jeu de cartes du Maitre des cartes à jouer, actif dans le Haut-Rhin, entre Strasbourg et Constance, de 1430 à 1435. ILLU ???

Un autre personnage, actif dans la même région est le Maitre E.S. dont ne connait que le monogramme (E.S) et deux oeuvres datées de 1466. ILLU ???

Certains auteurs en font l'élève du Maitre des cartes à jouer, et d'autres les rassemble en une seule et même personne. Ce Maitre E.S, actif entre 1435 et 1491 est un orfèvre gothique qui représente ses figures avec une élégance tourmentée et maniérée. Son coup de burin est varié et souple, et son tracé principal est fermement accentué, accompagné de tailles courtes et parallèles. Il les erichit de pointillés pour obtenir des gris raffinés.

Dans sa ou (leur) foulée, on trouve MARTIN SCHONGAUER (1430-491). ILLU ??? + FLORILEGE

Il reste un gothique maniéré, attaché à décrir la réalité dans un entrelac abstrait de formes. Il invente des ordonnances de groupe grandioses et exprime une certaine tension par des obliques en quinqonce. Tout cela dans des plans rectilignes précis. Son écriture est efficace et sobre, et il a le sens du détail. Sa taille n'en est pas pour autant décorative. Elle épouse les lignes de force, suit les contours et obéit au souci de la composition plastique.

 

- Au XVI è s.

ALBRECHT DURER Nuremberg, 1471-1528. (?? renvoi au florilège)

Son apprentissage de l'anatomie lui vient d'Italie et de J. de Barbari.

Fils et petit-fils d'orfèvre, il réalise près de 300 planches dont 108 sur cuivre, mais aussi sur bois, à l'eau-forte et à la pointe sèche. Son outil de prédilection est surtout le burin. Il représente la nature toute vivante, végétale, animale et humaine. C'est un artiste qui a la passion du détail. Il travaille avec des lames très minces et baigne ses motifs dans une infinité de gris qu'il obtient par de petites plages de clairs moyens et de noirs moyens. Il obtient une sorte de flottement magique dans une composition mesurée.

En 1504, il réalise "Adam et Eve". On peut voir des tailles serrées qui épousent l'ondoiement des objets. La taille est franche mais lachée dans le fond et se sectionne jusqu'en pointillés. Il n'y a pas de rupture dans les fonds détaillés. Les tailles sont parfois doublées de points pour traduire un gris léger.

Dans "la Mélancolie", on sent tout la complexité et la densité du langage. il diversifie ses tailles, multiplie les gris moyens, et n'applique pas de noirs absolus. Il obtient ses gris par un réseau de tailles alignées et croisées, parfois interrompues en saccades. Cela lui permet d'agencer une lumière flottante.

 

Albrecht ALTDORFER (Bavière, 1480-1538) (renvoi florilège ???)

Dans ses paysages, il installe des zones d'éclairs et fit preuve d'un expressionnisme échevelé. Il réalise des tailles courtes syncopées tournées vers l'oblique et installe des trouées de blanc pur.

* L'Italie au quattrocento

Deuxième moitié du XV è s:

L'initiateur des gravures de reproduction et de celles en tant qu' oeuvres originales est POLLAIOLO (Florence, 1429-1498). FLORILEGE

En 1465, il grave son "Combat d'hommes nus" qui fait preuve de vigueur et de dynamisme nouveaux. Il accentue les musculatures exaltées des corps par le biais de fond noir. Quant à ses gammes de gris, il les obtient grâce à des tailles obliques

Andrea MANTEGNA actif à Mantoue, de 1431 à 1506

élève de Pollaiolo, son écriture graphique se caractérise par des contours accentués et une gravure sévère. Ses tailles obliques parallèlles ne sont pratiquement jamais croisées c'est pourquoi, il obtient une composition claire et lisible. Il joue sur les effets de lumière moirée et l'effet d'ensemble domine le souci du dérail. Ses blancs ne sont pas cernés parce qu'ils sont simplement les interruptions des obliques.

Deuxième moitié du XVI è s :

Le burin devient plus pictural, un art autonome en supplantant la gravure sur bois. L'Italie subit les influences des paysages de Durer.

Marcantonio RAIMONDI (Bologne, 1475-1534) Il est l'intiateur de l'esprit baroque par l'exaspération des formes. Ses oeuvres sont claires parce que ses contours sont nettement cernés et ombrés.

G. CAMPAGNOLA (Padoue, 1482-1518) Ses cuivres sont élégants. Ils sont entaillés de traits majeurs et et de tailles plus effleurées ou brisées, parfois jusqu'au point pour accrocher la lumière. Il passe des noirs aux blancs par des pointillés et des plages de sfumato.

A. CARRACHE (Bologne, 1557-1602)

Ses burins sont souvent confondus avec des eaux-fortes. Il utilise des tailles rangées et des tailles parallèles ondoyantes, avec des interruptions saccadées qui donnent une lumière vibrante picturale.

RENVOI CORT

* Aux Pays-Bas

Lucas de LEYDE (1494-1533)

Il est le maitre de la perspective aérienne traitée par des noirs différenciés. Il joue sur les contrastes entre le fond (longues tailles croisées) et les personnages (rasoir allusif).

Citons aussi Jérôme COCK (1507-1570), actif à Anvers

Cornelis CORT (1533-1578) qui invente les tailles parallèles ondoyantes

Hendrik GOLTZIUS (1558-1617) Il modèle la perspective aérienne par des traits d'intensité progressivement réduite vers l'infini. C'est l'atmosphère picturale. Il dégrade ses gris jusqu'aux blancs de manière fragmentée et scintillante.

* En France

Au XVI è s, ne citons que Jean DUVET (1485-1563) dont les compositions sont plus verticales, avec des personnages aux contours appuyés et agglutinés.

Du XVII è s au XIX è s, le burin est le moyen le plus approprié pour les traductions originales.

Dans les années 1600, le statut du graveur de taille douce change. Ils obtiennent, vers le milieu du sciècle, d'exercer librement et l'effectivité de leur admission à l'académie royale de peinture et de sculpture.

A la fin du XVII è siècle, le burin disparait pour laisser place à la pointe sèche et à l'eau-forte et leurs dérivés. LIEN

Claude MELLAN (1598-1688, actif à Paris) artiste sous l'aile de Richelieu.

Son style se caractérise par des tailles simples et parallèles et la "manière claire" (les blancs sont importants)

Robert NANTEUIL (1623-1678) actif à Reims.

Il réalise près de 240 burins, dont 30 portraits grandeur nature. Il étudie MELLAN, J.CALLOT et A.BOSSE qui manient l'eau-forte dans l'esprit du burin.

On observe dans ses gravures des tailles et des contre-tailles qui épousent les contours des formes. Ses tailles sont syncopées et pointillées et permettent des passages de gris subtils (par une infinité de points et de traits) qui forme un fond grillagé.

Au milieu du romantisme, certains esprits reviennent sporadiquement au burin parce qu'i répond à leurs besoin de grandeur. Ils redécouvrent le burin et les bois gravés des maitres des XV è et XVI è s .

Félix VALLOTON

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :
  • TERRAPON Michel, Le burin, Genève, Bonvent, collections Les métiers d'art, 1974.
  • CLERCX LEONARD-ETIENNE, Françoise, Techniques de la gravure, Cabinet des estampes, Musée de l'Art Wallon, Liège, 1978.
Page créée le 23 mars 2000 par Mélanie Delecosse

modifiée le 25 avril 2000

Responsable :

Jean Housen