Vers la modernité. Le XIXe siècle au Pays de Liège - Thématique - Album d'illustrations

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Louis-Joseph GHÉMAR
Façade du Passage Lemonnier. Front-View of Lemonnier Arcade (après 1839)


Lithographie, 23 x 16,7 cm
Signé en bas à gauche : Ghémar del et lith. et en bas à droite : Lith de P. Degobert, à Bruxelles
Édité par D'Avanzo et Cie Éditeurs
Liège, Collections artistiques de l'Université



© Collections artistiques de l'Université de Liège


Le passage Lemonnier - œuvre de l'architecte Louis-Désiré Lemonnier et de Henri-Victor Beaulieu, architecte de la Ville - est inauguré en janvier 1839. Il est dû à l'initiative d'une société en commandite, fondée en décembre 1835, qui regroupe les banquiers Gérard Nagelmackers et Théodore Cerfontaine, les négociants Jean-Baptiste Hanquet et Rassenfosse-Brouet et l'architecte Louis-Désiré Lemonnier. Pour les promoteurs, l'entreprise est avant tout commerciale.

Urbanistiquement, le percement de cette voie ne s'impose guère. En effet, elle est parallèle à la rue du Pont d'Île, distante d'à peine une vingtaine de mètres, et relie, comme elle, la rue de l'Université au Vinâve d'Île. Faisant double emploi en matière de cheminement, elle ne doit son intérêt qu'à la succession de ses quarante-huit boutiques de luxe, surmontées de trois étages, dont seul un est visible du sol. Ces boutiques se doivent d'apparaître dans un cadre architectural de prestige, mais, rentabilité oblige, pas trop onéreux. L'architecte a ainsi conçu un ensemble sobre et homogène constitué de deux couloirs se réunissant dans une rotonde octogonale au croisement avec la rue Lulay-des-Fèbvres, élargie et assainie par la même occasion. Judicieusement, le sens commercial prévaut : les deux couloirs ne sont pas en exact prolongement, ce qui rompt l'impression de boyau monotone et ne risque donc pas de lasser les acheteurs potentiels. Si une voûte sur croisées couvre les parties à front de rue supportant deux étages du côté du Vinâve d'Île et quatre du côté de la rue de l'Université, le reste est protégé par une verrière en bâtière à deux versants sur les couloirs et par une verrière pyramidale octogonale dans la rotonde, couvrement qui ne peut être considéré comme une réelle prouesse technique. Dès sa conception, le passage est doté d'une infrastructure d'égouts et d'un éclairage au gaz de ville. En 1871, l'eau courante est installée. Le sol, d'abord simplement asphalté, ne reçoit un carrelage de céramique qu'en 1891. Le succès de la galerie, vite surnommée Li rowe di veûle (la rue de verre), est tel qu'il provoque quelque désordre, principalement en soirée. Cela oblige les autorités policières à reconnaître le caractère privé du passage, mais aussi à en imposer la fermeture par des grilles chaque jour à vingt-trois heures, ceci afin de préserver la quiétude des résidents et d'empêcher les vols, raison pour laquelle quatre gardiens sont affectés à sa surveillance nuit et jour.

Avec ses 160 m de long et ses 4 m de large, le passage Lemonnier est la première galerie couverte d'importance en Belgique, la galerie de La Monnaie à Bruxelles (ca 1820) ne mesurant que 25 m de long et 2,5 m de large. Il fait référence aux sœurs prestigieuses de Paris et de Milan et vient sept années avant les Galeries Saint-Hubert à Bruxelles. Il ne subsiste malheureusement quasiment rien de son aspect d'origine. En effet, de 1934 à 1937, l'architecte Henri Snyers a revu l'espace de fond en comble.

Vanessa Krins

Université de Liège - Culture - exposition Vers la modernité - Liège (5 octobre 2001 - 20 janvier 2002)
2003 - mise à jour : 24 février 2007 - Collections artistiques - e-mail : wittert@ulg.ac.be