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1737
BERGMULLER
Prospect der grossen St. Lamberti Kirchen in Lüttich - Vue de la grande Église de St Lambert à Liège (Augsbourg, Collection des Prospects)
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Eau-forte aquarellée, 30 x 41,7 cm Liège, Collections artistiques de l'Université
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©Collections artistiques de l'Université de Liège
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La cathédrale Saint-Lambert à Liège, c'est autant l'histoire d'une présence que l'histoire d'une absence. En effet, la disparition de la cathédrale inaugure le XIXe siècle liégeois. À travers son souvenir, c'est l'absence qui crée la référence, et le vide qui engendre le symbole. C'est le contrepoint spectaculaire -si l'on peut dire- du lieu de mémoire traditionnel, et le travail qu'il opère justement sur la mémoire est remarquable. En effet, dans la cité mosane, la Violette (hôtel de ville), le Perron (symbole des libertés communales) et le palais des princes-évêques n'étaient écartés que par un monument qui les unissait tous, la cathédrale Saint-Lambert, carrefour grandiose et aérien des pouvoirs et de l'histoire, ceux d'une nation qui se voulait libre et indépendante.
Sa disparition signifia la désarticulation du centre urbain, perçue comme la dimension visible et objectif de la perte d'un statut, celui d'État dans une Europe remodelée.
Cologne fut détruite pendant la seconde guerre mondiale, sauf sa cathédrale qui échappa aux bombardements ; on a néanmoins pu rebâtir autour d'elle une ville nouvelle. À Liège, après la Révolution, la ville est restée intacte autour du site de Saint-Lambert, mais son centre vidé ne fut jamais comblé par une renaissance monumentale, malgré les projets multiples qui tous avortèrent dès le début du XIXe siècle.
C'est pourquoi le développement de l'urbanisme liégeoise au XIXe et même au XXe siècles fut directement lié aux conséquences matérielles de la Révolution, contraignant les Liégeois à la recherche, onirique s'ils sont poètes ou artistes, technique s'ils sont architectes et constructeurs, évaluée s'ils sont responsables politiques ; recherche d'une symétrie perdue, d'une harmonie bâclée de l'espace urbain, son cœur historique comme ôté, et victime d'une urbanisation débridée qui va sévir sans point de repère originel.
Philippe Raxhon
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